[Gabon – Politique] Francis Jean Jacques Evouna ausculte le climat délétère au sein du PDG à la veille des élections

Le 11 août 2025, Francis Jean Jacques Evouna, figure influente du monde socio-politique et président du Conseil gabonais du patronat (PGP), s’est confié à notre rédaction sur la crise interne qui secoue le Parti Démocratique Gabonais (PDG). Cet observateur averti de la vie politique, économique et sociale a livré une analyse fouillée de cette situation, à quelques encablures des élections législatives et municipales.
Le Journal : Monsieur le Président, à l’orée des élections législatives et locales qui approchent, quelle lecture faites-vous des tensions au sein du Parti Démocratique Gabonais (PDG) ?
Francis Jean Jacques Evouna : Merci de chercher à obtenir auprès de ma modeste personne, en tant qu’observateur avisé de la vie politique, économique et sociale du pays, une lecture peut-être différente de celle d’autres citoyens, en ces temps d’élections couplées prévues dans moins de 45 jours, et que vous qualifiez de « guerres » internes au PDG. Je voudrais vous dire que votre question est multidimensionnelle et me semble très importante.
À l’approche d’une échéance électorale, l’une des activités essentielles des formations politiques consiste à sélectionner les candidats qui figureront sur leurs listes. Cela signifie, d’une part, choisir les personnalités qui se présenteront auxdites élections et, d’autre part, déterminer leur ordre sur les listes. Les partis politiques jouent, à cet égard, un rôle déterminant, agissant comme intermédiaires entre les citoyens et leurs futurs représentants.
Dans un premier temps, ils désignent les candidats auxquels les électeurs pourront accorder leurs suffrages. Dans un second temps, ils déterminent lesquels occuperont les positions stratégiques, notamment la « tête de liste » et, dans une moindre mesure, la dernière place. Les partis politiques doivent alors relever plusieurs défis : disposer d’une structure interne efficace pour atteindre leurs objectifs de conquête et d’exercice du pouvoir ; animer le parti afin de maintenir l’engagement actif de ses membres et renforcer leur ancrage social pour convaincre les populations de leur utilité et obtenir leur adhésion, en particulier lors des échéances électorales.
La réussite dans la gestion de ces enjeux constitue aujourd’hui un facteur clé de la participation politique des populations à la bonne marche institutionnelle de leur pays et, par ricochet, à l’amélioration de leurs conditions de vie. Les dissensions autour des candidatures peuvent naître de rivalités internes, de désaccords sur la stratégie, les priorités ou encore de divergences idéologiques. Ces tensions peuvent apparaître dès les primaires, lors des investitures ou même après le lancement de la campagne, fragilisant l’unité et l’efficacité du parti.
La sélection des candidats au sein des partis est régie par leurs propres règles et procédures internes, et le processus juridique de mise en candidature implique ensuite les autorités électorales, qui vérifient l’admissibilité des candidats, approuvent leur inscription et font imprimer leurs noms sur les bulletins de vote. Étant donné qu’il serait impossible pour les électeurs de se prononcer parmi des milliers de prétendants, les partis jouent ainsi un rôle de « garde-barrière » indispensable.
La manière de désigner les candidats varie d’un parti à l’autre. Bien que le cadre juridique impose souvent une désignation « démocratique », cette notion reste floue et peu encadrée légalement. Dans de rares cas, la loi définit le processus, avec un impact direct sur la transparence et le degré démocratique de la sélection.
Nombreux sont les militants qui ignorent l’idéologie ou les fondements identitaires de leur parti, ce qui nuit à la cohésion interne et à la mobilisation des masses autour de ses positions. La force et l’efficacité d’un parti reposent sur la clarté et la diffusion de son idéologie, de sa vision, de ses principes et valeurs, ainsi que sur des statuts et un règlement intérieur clairs, précis et accessibles.
Des facteurs tels que le système électoral, l’idéologie, la culture politique ou l’organisation du gouvernement peuvent influencer le degré de centralisation et de participation dans le processus de sélection. Toutefois, aucun ne semble déterminant à lui seul. On pourrait penser que les instances nationales disposent de plus d’influence dans les systèmes à circonscriptions plurinominales, tandis que les sections locales sont plus fortes dans les circonscriptions uninominales. Mais, dans les faits, tous ces paramètres se combinent et il est difficile de tirer une règle générale.
Même lorsque la loi impose un processus particulier, il n’est pas toujours possible de dire si c’est elle qui l’a façonné ou si elle ne fait que refléter la pratique. Telle est ma lecture de la situation. Je vous remercie.






