2 décembre 2025

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Les nouveaux barons du transport gabonais défient Libreville

Dans les couloirs du pouvoir gabonais, une guerre souterraine fait rage. Elle oppose les tenants de l’ancien système aux gardiens du nouveau régime, avec pour enjeu un secteur juteux : la gestion des transports urbains et de ses activités connexes.

L’affaire éclate au grand jour grâce au courage d’Eugénie Maramba, syndicaliste déterminée qui ose nommer les protagonistes de ce qu’elle qualifie de « manœuvres prédatrices ». Sa lettre ouverte au président Oligui Nguema dresse un portrait saisissant des nouvelles féodalités administratives qui se sont installées au cœur de l’État.

Au centre de ses accusations : le délégué spécial de Libreville et son cercle rapproché, accusés de transformer leur fonction en instrument de captation de ressources. Plus grave encore, Maramba évoque des liens familiaux troublants, mentionnant notamment la « belle-sœur du délégué spécial » occupant le poste stratégique de directrice des transports de la commune.

Cette configuration rappelle étrangement les pratiques dénoncées sous l’ancien régime, où les positions de pouvoir se transmettaient au sein de cercles restreints. La syndicaliste ne s’y trompe pas en évoquant « les mauvais réflexes de certains fossoyeurs impopulaires aux comportements alimentaires et opportunistes du régime oligarchico-dynastico-monarchique déchu ».

Le mécanisme décrit par Maramba révèle une sophistication redoutable. Les responsables municipaux auraient inscrit frauduleusement certaines activités dans la loi de finances 2025, créant ainsi un fait accompli budgétaire. Cette stratégie leur permettrait de court-circuiter les procédures légales de transfert de compétences prévues par la loi de décentralisation.

Mais l’aspect le plus troublant de cette affaire réside dans l’implication présumée du vice-président du gouvernement. Selon les révélations du syndicat, ce dernier aurait pris une « décision non écrite et non officielle » suspendant le ministère des Transports de ses prérogatives. Un arrangement d’arrière-boutique qui bafoue ouvertement les règles de fonctionnement de l’exécutif.

Cette pratique soulève des questions dérangeantes sur les méthodes de gouvernance du nouveau régime. Comment des décisions aussi importantes peuvent-elles être prises dans l’ombre, sans trace écrite ni procédure officielle ? N’est-ce pas là reproduire les travers autoritaires que la transition était censée corriger ?

Sur le terrain, les conséquences de cette guerre de pouvoir se font déjà sentir. Plus d’une centaine d’opérateurs économiques se retrouvent pris en étau entre des administrations concurrentes. D’un côté, ils détiennent des agréments légaux délivrés par le ministère des Transports. De l’autre, ils subissent les pressions et intimidations des agents municipaux, soutenus par les forces de police locales.

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