2 décembre 2025

au cœur de l'infos

Le Procureur Général Minang défend la libération de Sylvie Bongo et répond aux critiques

Dans une conférence de presse dont le ton oscillait entre leçon de droit et règlement de comptes diplomatique, le Procureur Général près la Cour d’Appel de Libreville a livré ce mardi 23 juillet une défense en règle de la décision judiciaire qui fait polémique : la mise en liberté provisoire de Sylvie Marie Aimée Valentin épouse Bongo et de son fils Noureddin Bongo Valentin.

Une leçon de procédure pénale en trois actes

Face aux journalistes, le Dr Eddy Minang a d’emblée donné le ton. Citant les Proverbes bibliques sur « la langue des sages » face à « la bouche des sots », le magistrat a structuré son intervention autour de trois axes : le rappel du droit gabonais, les principes déontologiques de la profession judiciaire, et une charge sans détour contre ce qu’il qualifie de « complexe de supériorité » occidental.

« Aux termes de l’article 143 du code de procédure pénale, la mise en liberté provisoire peut être demandée en tout état de cause », a-t-il martelé, insistant sur le fait que cette mesure ne s’accompagne d’aucune interdiction de sortie du territoire. Un rappel qui sonne comme une réponse aux interrogations sur d’éventuels voyages de l’ancienne Première Dame.

Un avocat français dans le viseur

Mais c’est véritablement dans la seconde partie de son exposé que le Procureur Général a haussé le ton. Sans le nommer explicitement, il a visé un avocat français qui aurait critiqué la justice gabonaise, lui reprochant d’avoir employé le terme de « détention provisoire » au lieu de « détention préventive ».

« Si ce dernier avait pris la précaution élémentaire d’aller parcourir le code de procédure pénale gabonais comme le ferait même un avocat stagiaire, il ne serait pas venu débiter des inepties juridiques sur la place publique », a lancé le magistrat avec une ironie mordante.

Le Dr Minang n’a pas hésité à rappeler que ce même avocat avait déjà fait scandale en 2013 à Dakar, tenant des « propos outrageants » contre le Procureur spécial sénégalais et même contre le Président de la République du Sénégal, avant de devoir présenter des excuses.

Un doctorat face à une maîtrise

L’estocade finale a été portée sur le terrain académique. Le Procureur Général a révélé que l’avocat en question était titulaire d’une maîtrise de l’Université Paris-Panthéon-Assas, la même université où lui-même a soutenu sa thèse de doctorat avec mention « Très honorable avec félicitations du jury ».

« Au regard des grades et diplômes universitaires, cet avocat est et restera sûrement mon étudiant », a-t-il asséné, proposant même de « l’encadrer sur le plan pédagogique et professionnel, s’il le souhaite ».

Entre souveraineté judiciaire et relations internationales

Au-delà de ce qui pourrait apparaître comme un simple clash entre professionnels du droit, cette conférence de presse révèle des tensions plus profondes sur la souveraineté judiciaire africaine face aux regards extérieurs.

Le Dr Minang s’est insurgé contre « le prétendu complexe de supériorité quasi maladif qu’entretiennent certains occidentaux à l’égard des africains », attribuant ces attitudes aux « réflexes dénigrants » hérités de « l’histoire coloniale et la couleur de peau ».

Son message est clair : la justice gabonaise n’a de leçons à recevoir de personne, et ses magistrats ont les mêmes compétences que leurs homologues occidentaux, souvent formés dans les mêmes universités.

Une stratégie de communication offensive

En choisissant de monter au créneau de manière aussi frontale, le Procureur Général gabonais adopte une stratégie de communication offensive qui tranche avec la réserve habituelle de la magistrature. Cette sortie médiatique, inhabituelle par son ton et sa dimension personnelle, témoigne sans doute de l’ampleur des critiques suscitées par la libération de l’ancienne Première Dame.

Reste à savoir si cette défense juridique et cette leçon de souveraineté suffiront à apaiser les polémiques, ou si elles ne feront qu’alimenter davantage les débats sur cette affaire qui continue de passionner l’opinion publique gabonaise et internationale.

Le Dr Minang a d’ailleurs annoncé qu’il se réservait « le droit de saisir le Bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris », laissant entrevoir que ce bras de fer judiciaire et diplomatique n’est peut-être pas terminé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Copyright © All rights reserved. | Newsphere by AF themes.