[Gabon – Société] : la société civile, jadis muselée, revendique ses acquis et trace de nouvelles perspectives

Sous l’égide de l’ONG Tournons la Page (TLP), les principaux acteurs de la société civile gabonaise se sont réunis à Libreville le 21 août dernier lors d’un atelier de sensibilisation placé sous le thème : « Plaidoyer sur l’environnement propice de la société civile en période de transition ». Cette rencontre avait pour objectif de dresser le bilan des actions menées durant la période de transition, d’identifier les obstacles persistants et de souligner les avancées récemment obtenues, notamment la reconnaissance constitutionnelle du rôle des organisations de la société civile (OSC).

Depuis plus de trente ans, les OSC gabonaises mènent un combat acharné pour assainir un cadre juridique marqué par la loi 35/62, considérée comme particulièrement restrictive. Sous les différents régimes Bongo, cet arsenal légal a servi de véritable instrument de contrôle et de répression, limitant drastiquement la liberté d’association et d’expression.
Cette situation liberticide s’est traduite par des entraves récurrentes des délais allant d’une à dix années pour l’obtention d’un simple récépissé provisoire ; une proportion écrasante d’OSC privées de reconnaissance légale (près de 75 %) et la possibilité pour le gouvernement de dissoudre arbitrairement une organisation. Il en est de même pour les restrictions sévères d’accès aux financements publics ou privés et l’arrestation fréquente de leaders associatifs.
Un tournant décisif après le 30 août 2023
Le coup d’État militaire du 30 août 2023 a profondément bouleversé ce statu quo. Dès le 4 septembre 2023, la transition politique amorcée par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), dirigé par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, a ouvert de nouvelles perspectives. Jadis marginalisée, la société civile a été appelée à siéger dans plusieurs instances stratégiques : l’Assemblée nationale de Transition, le Sénat, ainsi que le Conseil économique, social et environnemental.
Cette intégration, bien que limitée en nombre, a marqué une avancée significative. Comme l’a rappelé Geoffrey Foumboula Libeka, vice-président de l’Assemblée nationale de Transition et paneliste lors de l’atelier, la présence des représentants de la société civile a permis d’arracher plusieurs acquis essentiels : reconnaissance constitutionnelle des OSC, droit de se présenter aux élections, adoption d’une loi protégeant les leaders associatifs contre les arrestations arbitraires, interdiction des perquisitions abusives, et amélioration du statut des personnes en situation de handicap.

Des acquis, mais un chemin encore semé d’embûches
Si ces progrès sont indéniables, les participants à l’atelier soulignent qu’il reste encore de nombreux défis à relever. Le financement autonome des OSC, l’adoption de lois plus inclusives, la garantie d’un espace civique durablement ouvert et la mise en œuvre effective des réformes adoptées figurent parmi les priorités. En clôturant les travaux, les responsables de Tournons la Page ont insisté sur la nécessité de maintenir une vigilance citoyenne et de renforcer le plaidoyer afin que les acquis de la transition ne soient pas remis en cause par de futurs bouleversements politiques.
La société civile gabonaise, longtemps réduite au silence, semble désormais déterminée à s’imposer comme un acteur incontournable du changement démocratique.







