Les femmes gabonaises s’organisent pour conquérir le pouvoir politique

Une conférence-débat organisée vendredi à Libreville révèle les ambitions des femmes politiques en vue des prochaines élections
L’Hôtel Boulevard d’Acae bruissait vendredi d’une énergie particulière. Dans ses salons feutrés, une centaine de femmes ont débattu avec passion de leur avenir politique lors d’une conférence organisée par Challenge des Femmes Dynamique et le PNUD. L’objectif était clair : préparer l’offensive féminine pour les prochaines élections locales et législatives.

Une mobilisation sans précédent
« Nous ne voulons plus être spectatrices », martèle Chimelle Otounga dans son discours d’ouverture. Cette déclaration résume parfaitement l’état d’esprit qui régnait dans l’assistance. Les femmes gabonaises entendent bien transformer leur participation traditionnelle aux campagnes électorales en candidatures effectives.
La préparation est minutieuse. À quelques mois des échéances électorales, les organisatrices multiplient les initiatives pour renforcer les capacités de leadership féminin. Cette stratégie s’appuie sur un arsenal juridique solide : la loi de 2016 fixant des quotas d’accès aux responsabilités, renforcée par l’article 15 de la nouvelle Constitution qui garantit l’égal accès des femmes aux mandats électoraux.

Des obstacles qui persistent
Malgré ces avancées légales, le chemin reste semé d’embûches. Sidonie Flore Owoue, magistrate et présidente de l’ONG Salon des Femmes, n’hésite pas à dénoncer les stéréotypes tenaces. Son témoignage fait mouche : invitée à une réunion politique en tant que seule femme présente, on lui demande d’aller chercher des verres. « Cela heurte notre intelligence », confie-t-elle avec amertume.

Ces comportements révèlent la persistance d’une culture politique masculine où les femmes peinent à imposer leur légitimité. Pourtant, comme le souligne avec justesse Pepecy Ogoulinguende, présidente de Challenge Démocratie au Féminin, certaines ont fait preuve d’un courage remarquable lors du dialogue national inclusif, au point d’être parfois qualifiées de « sorcières » par leurs détracteurs masculins.
Le défi des moyens financiers
Au-delà des résistances culturelles, la question du financement demeure cruciale. Valérie Teck Mpiga ne mâche pas ses mots : « Pour réussir en politique, il faut des moyens. » Cette réalité économique constitue un frein majeur pour de nombreuses candidates potentielles qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour mener campagne.

L’honorable Angélique Ngoma, secrétaire générale du PDG, tempère cependant ce constat en rappelant que « le premier moyen est d’abord humain ». Pour elle, la détermination et l’engagement peuvent suppléer au manque de moyens financiers, même si la route reste difficile.
Une dynamique collective porteuse d’espoir
Le mouvement prend néanmoins de l’ampleur. Audrey Raissa Nziengui, coordinatrice communale d’Akanda du RPM, témoigne de cette évolution : « La femme du RPM veut s’affirmer, elle veut que désormais tout ne se fasse pas sans elle. » Cette détermination se concrétise par une présence croissante des femmes dans les organes décisionnels des partis politiques.

La plateforme Challenge Démocratie au Féminin, officialisée en septembre 2022, illustre cette dynamique collective. Son ambition de créer une « grande plateforme nationale » baptisée « Cause Commune » traduit la volonté d’amplifier la voix des femmes dans les débats politiques nationaux.
L’enjeu générationnel
La transmission intergénérationnelle constitue un autre défi majeur. Comme le rappelle Sidonie Flore Owoue, « rien n’est durable si les générations futures ne sont pas préparées ». L’évolution est pourtant tangible : si autrefois il était « impossible pour une femme d’être chef de parti politique », aujourd’hui « quelques femmes émergent ».

Cette transformation progressive encourage l’optimisme. Le représentant du PNUD présent à la conférence a d’ailleurs insisté sur l’urgence d’agir : « Ce n’est pas seulement un moment de rencontre institutionnelle mais un espace stratégique construit par les femmes, pour des femmes. »
Vers un sursaut démocratique
La conférence de vendredi marque peut-être un tournant. Face au constat que « le taux de représentation des femmes ne fait que baisser » malgré plus de vingt ans d’appels à l’engagement, les participantes ont choisi l’action concrète plutôt que les déclarations d’intention.

Leur message est simple mais puissant : les femmes gabonaises, qui représentent la majorité de la population, entendent désormais peser de tout leur poids dans les décisions politiques. Rendez-vous est pris pour le 27 septembre, date symbolique où ces réseaux féminins espèrent démontrer leur capacité de mobilisation électorale.
La politique gabonaise s’apprête t-elle à vivre sa révolution féminine? réponse prochaines élections apporteront la réponse.























































































































































