« Il faut parler » : le cri de révolte des Femmes de Destinée face aux féminicides

Au cœur du complexe scolaire Honorade, un samedi 31 mai chargé d’émotion, l’association Femmes de Destinées a brisé le silence pesant qui enveloppe les violences domestiques au Gabon. Dans cette salle de classe transformée en sanctuaire de la parole libérée, une vérité s’impose avec force : il faut parler.

Mademoiselle Guylene Cheryl Abagha, vice-présidente de l’association, porte ce message avec une voix tremblante mais une détermination sans faille. « Ne pas se taire », martèle-t-elle, rappelant que le silence est complice de la spirale meurtrière des féminicides qui endeuillent le pays. Derrière les statistiques froides, ce sont des vies brisées, des souffrances invisibles qui hantent les foyers gabonais.
Mais Femmes de Destinées refuse de se contenter d’un constat désespéré. L’association mise sur l’éducation, la sensibilisation et l’accompagnement pour offrir aux victimes des pistes concrètes de sortie. « Il ne s’agit pas seulement de dénoncer, mais de donner des outils pour reconstruire », explique Guylene Cheryl Abagha. Cette approche pragmatique incarne une nouvelle ère dans la lutte contre les violences basées sur le genre, où l’empowerment remplace la compassion passive.

L’atelier réunit une diversité d’expertises précieuses : Frédérique Aya, coach et conseillère matrimoniale, éclaire les chemins de la réconciliation et du soutien ; Claude Anchouet, psychologue, décrypte les mécanismes psychiques qui enferment les victimes dans la peur ; Arlene Bumba, présidente de Femmes Bats-toi, témoigne de la force des réseaux solidaires pour briser l’isolement.
Cette alliance multidisciplinaire dessine une prise en charge globale, indispensable face à la complexité des violences conjugales. Chaque témoignage devient un acte de résistance, chaque parole un pas vers la liberté.
« La première étape, c’est de parler », insiste Guylene Cheryl Abagha, s’adressant à celles qui souffrent en silence. Briser l’omerta, c’est refuser que la honte change de camp, c’est transformer la culpabilité individuelle en responsabilité collective. « Ne vous repliez pas, ne vous enfermez pas dans l’échec ou la peur », exhorte-t-elle, défiant les normes sociales qui trop souvent culpabilisent les victimes.

L’initiative de Femmes de Destinées incarne une mutation profonde dans la lutte contre les violences domestiques au Gabon. Fini le temps de la charité compassionnelle, place à l’accompagnement structuré, à l’écoute active et à la solidarité engagée. « Nous sommes là pour vous, pour vous écouter, pour vous accompagner », promet l’association, offrant à chaque femme la possibilité de se relever.
Dans cette salle de classe devenue laboratoire d’émancipation, se dessine l’espoir d’un Gabon où la parole des femmes ne sera plus un murmure étouffé, mais un cri puissant, résonnant jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. Parce qu’enfin, il faut parler — et parler, c’est déjà résister.






