2 décembre 2025

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[Gabon – Diplomatie] À la veille de la visite de Macron, le Pr Mathurin Ovono Ebe presse Oligui Nguema d’en finir avec les vestiges du pacte néocolonial

À quelques heures de l’arrivée d’Emmanuel Macron à Libreville, ce dimanche 23 novembre 2025, la scène politico-intellectuelle gabonaise est en ébullition. Dans une lettre ouverte incisive, le professeur Mathurin Ovono Ebe, maître de conférences à l’Université Omar Bongo et président du SNEC-UOB, interpelle publiquement le chef de l’État, le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Il l’exhorte à faire de cette visite « un moment décisif de reconquête de la souveraineté nationale ».

Même s’il s’agit de la seconde venue d’Emmanuel Macron au Gabon après le One Forest Summit de 2023, l’universitaire estime que cette visite revêt une portée particulière. « Les Gabonais qui vous ont élu à près de 95 % attendent de cette visite un tournant majeur », écrit-il dans son adresse, soulignant l’impatience d’une population désireuse de voir Paris revoir ses relations avec Libreville sous un angle plus égalitaire.

Un réquisitoire contre les mécanismes du pacte néocolonial

Le Pr Ovono Ebe rappelle avec vigueur que plusieurs aspects des relations franco-gabonaises demeurent profondément asymétriques. Il dénonce notamment la domination économique de multinationales françaises telles que Total et Eramet, toujours solidement ancrées dans les secteurs stratégiques. « Le Gabon reste l’un des exemples les plus extrêmes du système néocolonial français », affirme-t-il, soulignant que l’économie nationale demeure fortement dépendante des intérêts hexagonaux.

Abordant les accords de défense hérités de l’indépendance, l’universitaire rappelle également que l’intervention militaire française de 1964 – destinée à rétablir le président Léon M’ba – symbolise ces décennies d’ingérence. Sur la question monétaire, il se montre tout aussi tranchant : « Le franc CFA n’est pas un instrument de souveraineté monétaire. C’est une souveraineté limitée, encadrée et contrôlée ». Pour lui, la parité fixe avec l’euro et le placement de 50 % des réserves de change auprès du Trésor français perpétuent une dépendance jugée archaïque.

Macron, le paternalisme français et l’exigence d’une parole ferme

Au-delà des enjeux économiques, le Pr Ovono Ebe met en garde contre ce qu’il qualifie de paternalisme persistant de la diplomatie française. Il cite les épisodes de Ouagadougou en 2017 et de Kinshasa en 2023 pour étayer ses propos, affirmant que « le paternalisme et l’arrogance de Monsieur Macron ne sont que les prolongements naturels du pacte néocolonial ». Il évoque également le discours controversé de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007, que l’intellectuel qualifie d’« africanisme sarkozyste arrogant et condescendant ».

Pour lui, l’heure n’est plus aux discours feutrés. « La jeunesse gabonaise n’ira pas acclamer Monsieur Macron. Elle viendra vous encourager à défendre les intérêts du Gabon », prévient-il. En écho à une célèbre formule gaullienne, il convie le chef de l’État à déclarer devant son homologue français : « Le Gabon n’a pas d’amis. Le Gabon n’a que des intérêts ».

Un appel à un rapport de force clair et assumé

En guise de conclusion, le Pr Ovono Ebe presse le président de la Transition d’adopter une posture de fermeté, estimant que l’heure est venue pour Libreville de redéfinir les règles du partenariat économique et stratégique. « Le Gabon doit vendre ses matières premières selon ses propres conditions », insiste-t-il, exhortant le chef de l’État à signifier à Paris que l’époque des arrangements à sens unique touche désormais à sa fin.

L’universitaire clôt sa lettre sur une note d’encouragement et de solidarité : « Nous sommes avec vous, Monsieur le Président ! »

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