Développement du capital humain : Et si les pays en développement s’inspiraient du modèle chinois

Dans les années 1940, la Chine n’était qu’une nation exsangue, ravagée par les conflits et l’occupation étrangère. Près de sept décennies plus tard, elle défie désormais Washington dans l’arène économique mondiale. Cette métamorphose spectaculaire repose sur une conviction devenue doctrine : investir massivement dans son capital humain .
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’empire du Milieu offrait le visage désolant d’un pays anéanti. Selon l’économiste Angus Maddison, la Chine était plus pauvre en 1950 qu’au début du XIXe siècle, son Produit intérieur brut (PIB) par habitant correspondant alors à environ la moitié de celui de l’Afrique. Une agriculture féodale et arriérée maintenant la paysannerie dans la misère, une industrie embryonnaire au regard du potentiel du pays : telle était la réalité d’une nation qui végétait au bas de l’échelle économique mondiale.
L’agriculture constituait certes l’épine dorsale de l’économie, notamment avec ses immenses rizières. Mais cette prédominance agraire témoignait davantage d’un archaïsme structurel que d’une quelconque prospérité. Le géant asiatique semblait condamné au marasme économique.
Le pari visionnaire de l’éducation
Pourtant, au fil des décennies, les dirigeants chinois ont progressivement saisi une évidence : sans jeunesse qualifiée, point de compétitivité. Entre 1950 et 2010, le nombre moyen d’années de scolarité des adultes chinois a quintuplé, passant de 1,5 à 7,5 années. Cette explosion éducative constitue le socle d’une transformation sans précédent.
L’investissement dans le capital humain – éducation, formation continue et reconversion professionnelle – s’est traduit par une augmentation spectaculaire de la productivité de la main-d’œuvre. La formation technique et professionnelle a permis au pays de maîtriser les technologies nécessaires pour attirer les investissements manufacturiers étrangers.
Une ascension fulgurante
Plus de six décennies après avoir entamé sa mutation, la Chine s’impose aujourd’hui comme une puissance incontournable. Commerce, technologie, infrastructures, médecine de pointe : le pays excelle désormais sur tous les fronts. Cette réussite multisectorielle découle d’une stratégie cohérente et persévérante.
Les tensions commerciales sino-américaines illustrent avec éloquence cette nouvelle donne : le nourrisson d’hier rivalise désormais d’égal à égal avec l’hyperpuissance américaine. Parmi les économies émergentes, la Chine se positionne en tête en matière de préparation à l’intelligence artificielle, grâce notamment à son infrastructure numérique particulièrement développée.
L’empreinte chinoise en Afrique, les délocalisations massives d’entreprises vers son territoire constituent autant de marqueurs tangibles de cette ascension. Ces manifestations concrètes devraient interpeller les nations qui peinent encore à se positionner stratégiquement sur l’échiquier économique mondial.
La leçon pour les pays émergents
Plutôt que de privilégier les dépenses militaires en multipliant par quatre le budget de la défense – ce qui n’est pas non plus négligeable –, les nations en développement auraient tout intérêt à réorienter leurs priorités vers les secteurs générateurs de richesse pérenne : le capital humain en premier lieu, mais également la recherche-développement et les infrastructures. L’armée ne produit aucun bien ni service en fin d’exercice, surtout si le pays n’est pas en guerre. En revanche, un enfant bien instruit et correctement soigné représente un actif stratégique pour la nation. Car celui-ci pourrait devenir l’ingénieur de demain, l’entrepreneur qui créera des emplois, le chercheur qui fera progresser la science nationale.
L’optimisation de la structure des investissements passe non seulement par les infrastructures et l’innovation scientifique et technologique, mais également par l’investissement dans les personnes, en renforçant les secteurs sociaux tels que l’éducation, la santé et la culture pour améliorer la qualité du capital humain.
Ces trente dernières années, le niveau de capital humain de la Chine a considérablement progressé. Si des défis subsistent, notamment en matière d’inégalités entre zones rurales et urbaines, la trajectoire demeure exemplaire.
Un choix stratégique aux répercussions durables
Car il faut le marteler : les arbitrages d’aujourd’hui dessinent inexorablement les contours de demain. L’amélioration des résultats en matière de santé et d’éducation détermine la productivité de la prochaine génération de travailleurs. Cette équation implacable devrait guider toute politique de développement digne de ce nom.
La Chine n’a certes pas emprunté un parcours sans embûches. Mais son virage stratégique vers l’éducation, la formation et l’innovation constitue une feuille de route éclairante pour les nations émergentes. Dans un monde où le savoir devient la principale devise, investir dans son capital humain n’est plus une option : c’est une nécessité existentielle.
Les pays en développement sauront ils tirer les enseignements de cette révolution silencieuse ? L’avenir de millions d’individus dépend de cette prise de conscience.
Randy Louba ,
ancien Directeur de Publication de la Loupe, L’Aube, Moutouki et Gabonclic info
*Journaliste indépendant
Economiste de formation*






