[Bénin] Tentative de coup d’État : Où se situe réellement la vérité ?

Aux premières heures de ce dimanche 7 décembre, les habitants de Cotonou, capitale économique béninoise, ont émergé dans un climat d’incertitude palpable. Sur les ondes de la télévision nationale, un groupe d’hommes en tenue militaire a proclamé s’être emparé du pouvoir et avoir neutralisé le « système Talon ». Une annonce de renversement promptement démentie par l’entourage présidentiel, relayé par la presse hexagonale. Pourtant, une nébuleuse persiste.
Si le continent africain a régulièrement été le témoin de bouleversements politiques depuis les indépendances, la recrudescence spectaculaire des putschs ces dernières années interpelle. Entre les appétits russes et les convoitises des autres puissances mondiales, la bataille pour le contrôle de l’Afrique – motivée par ses richesses minières, maritimes et forestières – plonge désormais le continent dans une spirale d’instabilité sans précédent.
Du Maghreb au Cap, de l’Atlantique à l’océan Indien, aucune région n’est désormais épargnée. Les verrous semblent avoir cédé. Alors que les feuilletons malgache et guinéen ne sont pas encore clos, voici qu’un événement similaire frappe le Bénin, jadis érigé en modèle démocratique continental. Invariablement, les forces armées brandissent l’étendard de la mal-gouvernance pour légitimer leurs actions.
Entre communiqués officiels et messages contradictoires
Face à la prise de pouvoir annoncée et aux déclarations de rétablissement de l’ordre, c’est un brouillard dense qui enveloppe la situation. Du côté gouvernemental et des médias français, le message se veut rassurant. « Une douzaine de militaires ont été interpellés, incluant les instigateurs de la tentative de coup d’État au Bénin, ont confirmé des sources militaires et sécuritaires. Plus tôt, le ministère de l’Intérieur avait annoncé avoir déjoué la tentative de putsch en cours depuis dimanche matin. Le président Patrice Talon serait en sécurité », rapporte France24.
Toutefois, si le pouvoir en place multiplie les messages apaisants, l’ambassade américaine adopte une posture radicalement différente sur sa page Facebook, annonçant le suivi attentif des événements et la suspension de la délivrance des visas. « L’Ambassade des États-Unis à Cotonou continue de surveiller étroitement l’évolution de la situation au Bénin et communiquera davantage d’informations dès qu’elles seront disponibles. Les citoyens américains sont invités à demeurer chez eux et à se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre. En raison de la situation actuelle, les rendez-vous consulaires habituels, notamment les services de visa et de passeport, seront suspendus à compter du lundi 8 décembre et ce, jusqu’à nouvel avis », précise le communiqué diplomatique.
Une coïncidence troublante qui interroge
Cette situation appelle à une réflexion approfondie et une analyse minutieuse. Un détail ne manque pas d’interpeller : depuis la résurgence des coups d’État, la majorité écrasante des nations frappées par ces soubresauts sont d’anciennes colonies françaises. Plus troublant encore, ces putschs se matérialisent systématiquement dans le sillage des visites du président français sur le continent.
Des constats qui devraient susciter une introspection salutaire chez les dirigeants africains, confrontés à des populations désormais exigeantes et réfractaires aux accords coloniaux jugés défavorables aux intérêts africains. Du moins, dans l’espace francophone.
La vérité béninoise se trouve-t-elle dans les communiqués officiels ou dans les silences éloquents ? L’avenir nous le dira.







