[Gabon – Fête de la Libération] Sosthène Ibola exhorte les autorités à ne pas effacer de la mémoire nationale les véritables artisans de la liberté

En prélude de la commémoration de la Fête de la Libération qui aura lieu ce samedi 30 août 2025 à Tchimbaga (Nyanga), Sosthène Ibola, ancien prisonnier politique sous le régime d’Ali Bongo, ex-candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2023 et figure de l’opposition, a adressé une lettre ouverte à ses compatriotes. Dans ce texte empreint d’émotion et de gravité, l’homme politique revient sur son parcours de combattant, de l’exil jusqu’au Gabon, et interpelle les autorités de transition sur la nécessité de préserver la mémoire des véritables acteurs de la lutte pour la liberté.
« Plus les années s’écoulent, plus ceux qui ont réellement porté la lutte démocratique tendent à être relégués dans l’ombre », regrette-t-il. Revenant sur les heures sombres mais décisives de la crise post-électorale de 2016, Sosthène Ibola rappelle la détermination de toute une génération de jeunes Gabonais, « armés uniquement de leur foi en un Gabon libre », face au « hold-up électoral du clan Bongo.
Il souligne que cette résistance n’était pas anonyme mais incarnée : « Elle avait des visages, des noms, des sacrifices. » Pour sa part, il confesse avoir payé un lourd tribut, marqué par une incarcération d’un an et deux mois sous des chefs d’accusation qu’il qualifie de fallacieux : outrage au chef de l’État, appel à la révolte, instigation à la destruction de biens publics et association de malfaiteurs. Des accusations qui, selon lui, visaient à « museler des voix libres » et auraient pu lui coûter « une vingtaine d’années derrière les barreaux ».
Un combat poursuivi jusqu’à l’international
Dans sa lettre, Sosthène Ibola insiste également sur le rôle crucial joué par la diaspora. De la France aux États-Unis, du Canada à d’autres horizons, « une élite assoiffée de changement, des intellectuels progressistes et des patriotes engagés » ont pris des risques pour alerter l’opinion mondiale. Il se remémore, non sans émotion, ses propres actions : « Mes sit-in devant la Maison Blanche, mes cris lancés depuis le Canada, mes appels pressants à la communauté internationale pour qu’elle regarde vers le Gabon, terre de nos ancêtres », va-t-il lancé visiblement inquiet face à leurs mises à l’écart dans la reconnaissance nationale des combattants.
La victoire de 2023 et l’oubli des véritables acteurs
Évoquant le renversement du régime Bongo en août 2023 par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), Sosthène Ibola parle d’un « coup de libération » qui a achevé l’œuvre amorcée au prix de la souffrance et du courage de nombreux Gabonais. Cependant, il déplore avec amertume que « les vrais combattants de la liberté, ceux qui ont payé le prix fort, soient aujourd’hui en train de sombrer dans les oubliettes de l’histoire ».
Un appel à la conscience collective
Dans une vibrante exhortation, il met en garde contre la tentation de falsifier la mémoire nationale : « Demain, on célébrera la fête de la libération, mais sans les vrais libérateurs. Ne permettons pas que notre histoire soit réécrite sans vérité. Nos sacrifices doivent être transmis aux générations futures comme le socle d’un Gabon libre, juste et digne. » Ainsi, Sosthène Ibola appelle à une reconnaissance officielle des véritables artisans de la liberté, afin que la nation n’oublie pas ceux qui ont versé leur sueur, leurs larmes et parfois leur sang pour un idéal de justice et de démocratie.






